Rapport d’étonnement du 23 au 29 avril 2012

C’EST pour de faux !!

Une fausse manifestation anti-écolo organisée à Paris, Lyon, Marseille par le mouvement O-VERT-DOSE. Ce mouvement a été lancé par le Réseau Français des Etudiants pour le Développement Durable (Le REFEDD, association non partisane), qui réunit plus de 100 associations étudiantes engagées pour un développement durable sur le territoire.

Les objectifs, quant à eux, ne sont un peu plus réels :

- Marquer les esprits de façon originale et décalée, à travers un événement ludique et fédérateur.

- Interpeller les responsables politiques sur l’importance pour les jeunes de replacer le développement durable au cœur du débat politique.

- Interpeller le grand public et notamment les jeunes, acteurs du changement dans leur vie personnelle et professionnelle, à travers la presse et les réseaux sociaux.

Cette fausse manifestation anti-écolo est une initiative d’étudiants engagés pour un développement durable, avec le concours de nombreuses associations et structures partenaires. Ça a même été filmé !

 

 

C’EST officiel !

Une nouvelle organisation de l’ONU a été officiellement inaugurée cette semaine. L’IPBES, plateforme pour la biodiversité et les services écologiques, aura son secrétariat à Bonn.

 

C’EST pas le pied, le PIB, pour être heureux !

« Le développement selon le critère du PIB encourage la croissance sur une planète aux ressources limitées. Cela n’a économiquement aucun sens. C’est la cause de nos actions immorales, irresponsables et auto-destructrices« , a déclaré le premier ministre du Bhoutan Jigmi Thinley à l’occasion de la conférence des Nations Unies sur le sujet. « Le but du développement doit être de créer les conditions à travers des politiques publiques qui favorisent le bonheur de tous les citoyens« . C’était lors d’une conférence spéciale sur le thème Bien-être et bonheur organisée par les Nations Unies le 2 avril dernier à New York dans la p.erspective de Rio+20. Objectif : montrer une nouvelle fois l’obsolescence du Produit Intérieur Brut (PIB) comme mesure de développement.

Le rapport présenté liste une série de mesures à mettre en œuvre afin d’aller dans le sens d’une « croissance heureuse ». Parmi ces recommandations : la capacité des gouvernements à répondre aux besoins élémentaires de leur population, renforcer les systèmes sociaux, mettre en place des politiques d’emploi actives, améliorer les services de santé mentale, encourager l’altruisme et l’honnêteté et dissuader de « l’hyper-commercialisme ». D’autres mesures sont plutôt de l’ordre du développement durable, comme la protection des écosystèmes, l’accent sur l’éducation ou le soutien aux communautés locales.

 

C’EST simple comme une pâquerette, le bonheur, pourtant…

le métier de celui qui les vend, l’herboriste, n’existe plus officiellement depuis 1941 !

Les vendeurs de simples, l’autre nom des plantes médicinales, sont donc soit des hors la loi, soit des pharmaciens qui s’octroient un nouveau domaine. Un sénateur vient de déposer une proposition de loi visant à recréer la profession d’herboriste. Mais l’Ordre des pharmaciens s’y oppose farouchement, la guerre est déclarée… où est le bonheur ? cherchez l’erreur !

 

C’EST (de plus en plus) rare

La chine produisant 95% des terres rares de la planète a déjà démontré qu’elle pouvait user de son monopole comme d’une carte maîtresse de sa politique étrangère. Elle entend se muer en grande puissance sur le segment à haute valeur ajoutée des technologies de pointe et ainsi depuis une décennie, restreint ses exportations de terres rares. Cela contraint nos industries high-tech à y délocaliser leurs unités de production pour bénéficier d’un meilleur accès à ces minerais. Et elle a annoncé une nouvelle baisse de 27 % de ses quotas à l’export pour 2012 ! En mars dernier, le Japon, les Etats-Unis et l’Europe se sont unis pour déposer, devant l’Organisation mondiale du commerce, une plainte contre la Chine.

Paradoxalement, pour se passer de l’empire du Milieu, nous renforçons notre dépendance auprès de partenaires étrangers…

Paradoxalement aussi, nos poubelles regorgent d’appareils électroniques non recyclés comme au Japon où l’on dit qu’il y a 200 millions de téléphones portables qui ne servent plus et ne sont pas recyclés. Pour aller plus loin

 

C    02, faisons-en une ressource industrielle.

Pourquoi ne pas consommer ce CO2 d’une façon productive ? Il s’agit d’un nutriment, qui peut profiter à de nombreux processus agricoles et industriels. Quelques exemples sont cités ici

 

Posséder, C’EST dépassé !

La crise nous y invite, le développement d’Internet le facilite. Et si la consommation de demain se faisait par le partage (décryptage par la FING) ?  ou par le don ?

Une nouvelle donne des modalités des échanges entre les personnes, qui ne peut être effective que dans un mouvement de partage, de réciprocité, de coopération : je donne d’abord et je reçois ensuite. Mais je ne reçois pas forcément de celui à qui j’ai donné. Je reçois latéralement c’est-à-dire par les lois d’interaction et d‘interdépendance, un retour naturel se fait, car la richesse circule, elle n’est pas bloquée. C’est la cosonmmation collaborative. Voir une liste initiatives françaises .

 

Un lien entre ceux qui savent e ceux qui veulent apprendre :

L’objectif de Leeaarn: connecter les curieux et les passionnés, leur permettre de se rencontrer dans la vie réelle afin que chacun d’entre nous puisse apprendre ce qu’il souhaite et enseigner ce qu’il sait, n’importe où, n’importe quand.

 

Bio ou local, C’EST la question !

Manger local serait il plus tendance que manger bio ?

Mais faut-il vraiment arbitrer entre les deux ? Le système de production ne doit pas s’opposer à la relocalisation. C’est un tout ! Quelle est la cohérence entre consommer de la viande locale nourrie avec du soja brésilien ou encore des pommes de terre bio qui arrivent d’Egypte ? !  Pour y voir plus clair

 



Rapport d’étonnement – semaine du 16 au 22 avril 2012

Fais comme l’escargot, ça vit d’air chaud …

…et de stratégie architecturale, un escargot dans le désert. Des étudiants architectes iraniens ont pris comme modèle un escargot du désert pour imaginer le design d’un bâtiment capable de garder une température agréable sans consommer d’énergie. En savoir plus

 

Stockage de l’énergie renouvelable : une cathode à partir du déchet de la production de pâte à papier

Les sources d’énergie renouvelables sont intermittentes et nécessitent des moyens de stockage permettant de répartir/d’utiliser l’énergie de façon continue (jour et nuit, avec ou sans vent). Les piles conventionnelles contiennent des oxydes métalliques, chers et souvent rares, il est donc indispensable de trouver des alternatives avec des matériaux moins couteux et surtout renouvelables. Chez les végétaux, des biopolymères sont utilisés lors de processus de conversion d’énergie comme la photosynthèse, et électrons et protons peuvent être transportés via des agents solubles tels que les quinones et temporairement stockés.

Olle Inganäs, professeur à l’université de Linköping en Suède a réussi à fabriquer une cathode à partir de ces biopolymères. Le matériau brut de départ est la liqueur noire, un déchet de la production de pâte à papier, abondant et peu couteux, qui contient des dérivées de la lignine. En oxydant ces dérivés, on peut obtenir des quinones. En les combinant avec des polypyrroles, les auteurs ont synthétisé un polymère permettant de stocker des charges et pouvant servir de cathode dans une pile. En savoir plus


La consommation responsable résiste à la crise économique…

Sous l’effet des contraintes économiques, de nouvelles habitudes de consommation se sont installées : les menaces sur l’emploi près de chez nous stimulent les circuits courts. Par ailleurs, les consommateurs s’organisent pour réduire leurs dépenses et inventent des nouveaux modes de consommation autour de la consommation collaborative (location, troc, don) et de l’achat de produits d’occasion. Résultat : la consommation responsable reste à la hausse malgré la crise. Pour voir le rapport «  les chiffres de la consommation responsable c’est ici. Et pour trouver des idées de consommation collaborative ou d’économie de fonctionnalité, voici un site listant les initiatives de par le monde

…mais j’ai toujours du CO2 plein mon caddy… : voir Le contenu carbone du panier de consommation courante

 

Amertume
Panique chez les amateurs de grands cacaos : une variété sud-américaine s’incruste chez les petits artisans. Son rendement est fabuleux mais sa saveur médiocre. Nom de code : CCN 51. Pour ne pas rester sur sa faim, à propos de cette histoire

 

La Nature, c’est « capital »

La Forêt : Protéger ou exploiter, faut-il nécessairement choisir ? » Alors qu’on se posera la question les 24 & 25 avril 2012 à Lyon, les espaces verts obtiennent leur label et les calanques leur parc national

 

Chercher un cloud dans un tas de charbon…

La croissance du cloud computing  (nuage virtuel où sont stockées toutes nos données) est exponentielle et la demande en électricité qu’elle génère est très forte. Mais cette demande est principalement satisfaite à partir de sources d’énergie sales, dangereuses pour notre santé comme le charbon. Certaines entreprises internationales comme Google et Yahoo ! sont passées au propre, d’autres tout aussi internationales et connues trainent la pate ( Microsoft, Apple, Amazon). GreenPeace les enjoint de libérer internet du charbon

 

Un insecte pour (remplir) mon moteur

Pour produire de l’éthanol à partir de la biomasse végétale, il est nécessaire de rompre la barrière formée par la lignine et de transformer la cellulose contenue dans les parois des cellules en molécules de sucre. Celles-ci pourront ensuite fermenter et donner de l’éthanol. Ce processus, qui implique traditionnellement l’utilisation d’acide sulfurique dilué, dans des conditions de température et de pression élevées, est très couteux et peu écologique. Cependant certains enzymes, présents chez les organismes se nourrissant de bois ou de végétaux, pourraient rendre la conversion du bois en biocarburant plus rapide et moins énergivore, tout en produisant moins de déchets. La forêt tropicale vietnamienne étant riche en insectes capables de digérer efficacement les fibres végétales, les chercheurs espèrent trouver, dans les flores intestinales de ces organismes, de nouveaux enzymes qui pourront servir de catalyseurs dans l’industrie. En Suède, l’utilité première de ces enzymes sera de permettre la fabrication de différents biocarburants à partir des produits de l’industrie forestière En savoir plus


Urban game : un Simcity « ville durable »

Mistra Urban Futures est un centre de recherche suédois dédié au développement urbain durable. Parmi les projets lancés par le centre en 2010, un jeu destiné aux Smartphones disponible gratuitement en ligne. 

Ce jeu, baptisé 2021, constitue un nouvel outil pour aborder l’urbanisme et les problématiques de développement durable. Comment construire une ville durable ? Investir dans les transports publics ou bien construire des usines ? Ce sont des questions qui se posent au cours du développement d’une ville et auxquelles les joueurs de 2021 sont confrontés. Ils doivent en effet prendre des décisions sur la façon dont la ville de Göteborg évolue de 1972 à 2021 et réussir à construire une cité durable tout en respectant un budget et en gardant ses habitants satisfaits. 

Le jeu a été testé par plus de 500 élèves en Suède et l’expérience s’avère très positive sur le plan éducatif. Le support Smartphone encourage la collaboration et permet d’impliquer toute une classe. Et surtout le jeu favorise l’apparition de discussions sur des problématiques complexes qu’il est d’ordinaire difficile d’aborder.

Bien sur, on pourrait aussi inventer des maisons de hobbit,écologiques et pour moins de 3500 euros, ou encore fabriquer des poubelles en sucre… mais ça, c’est déjà testé !

 

Oslo : les bus qui fonctionnent aux ordures ménagères

La municipalité d’Oslo a lancé la construction d’une usine de méthanisation à Nes, qui recevra jusqu’à 50.000 tonnes de déchets alimentaires par an, provenant principalement de la population d’Oslo. Les déchets seront convertis en carburant (biogaz) pour environ 135 bus de ville et en engrais organique destiné à une centaine d’exploitations agricoles. Source : http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/69607.htm

 

ECOllywood, festival du film écolo, citoyen et solidaire.

Mais comme c’est du cinéma, autant regarder de quoi il s’agit en images, ici

 

 

 

 

 



(Cliquez sur l’image pour agrandir)



L’économie expliquée aux humains

l'économie expliquée aux humains

« Homo sapiens, cher grand primate bipède doté de raison, c’est à vous que j’écris aujourd’hui. Je voudrais, avant d’aller plus loin et au risque de vous perturber, vous faire d’emblée cet aveu : je m’appelle Cerambyx cerdo, et je ne suis pas un être humain. »

Cerambyx cerdo (dit aussi « Grand capricorne »), est un coléoptère protégé qui vit dans les vieux chênes. Cela faisait longtemps qu’il voulait nous parler, et il a beaucoup à nous dire.

Sur l’économie, l’intelligence collective, le biomimétisme, la fin du pétrole, les « services » rendus par la nature, l’écologie industrielle… – ce grand insecte venu de la nuit des temps renverse nos perspectives et nous initie à l’avenir.

Ce livre écrit par Emmanuel Delannoy, directeur d’INSPIRE, est une introduction, à la fois pédagogique et amusante, aux principaux courants de pensée qui, depuis quelques décennies, réinventent l’économie à l’ère de l’écologie.

« Étonnant, drôle, attachant – un livre qui donne à réfléchir et à rêver. »
Robert Barbault, écologue, Muséum national d’histoire naturelle

Pour en savoir plus sur le livre

Dernière minute : l’économie expliquée aux humain a été élu « Sceptre d’Or du livre développement durable ».

Plus d’info ici !

 



Que faut-il changer, pour que l’essentiel demeure ?

Dans « Le Guépard », le personnage incarné par Burt Lancaster se pose la question suivante : « Que faut-il changer, pour que l’essentiel demeure ? ». L’aristocratie à laquelle il appartient voit son statut, sa conception du monde et ses privilèges remis en question par la réunification italienne. Dans la tempête des crises mondialisées, la situation actuelle des occidentaux privilégiés que ne sommes n’est peut-être pas si différente de celle de la noblesse italienne d’alors.

Mais les crises se suivent et ne se ressemblent qu’en apparence. Désormais globales, multidimensionnelles, elles sont aussi multifactorielles. Crise de la dette, crise du système bancaire et de la gouvernance financière, crise de confiance entre les peuples et leurs représentations démocratiques, crise sociale et crise écologique ne sont que quelques une des facettes de ces nouveaux désordres globaux que nous traversons.

Concilier l’action, le diagnostic, et la nécessité d’une vision

Au lieu de soigner les symptômes à l’aveuglette, sur la foi de référentiels périmés, peut-être serait-il temps de reposer sérieusement la question du diagnostic. Et si, comme Pierre Larrouturou le démontre avec pertinence dans son dernier ouvrage , inégalités et chômage n’étaient pas la conséquence de la crise économique, mais leur cause réelle et profonde ? Et si les transferts de richesses du travail vers des instruments toujours plus sophistiqués et incontrôlables n’étaient pas une fatalité mais la conséquence de choix politiques (Bien qu’il s’agisse souvent de choix « par défaut », opérés sans prise de conscience réelle ni débat) ? Et si la raréfaction des ressources naturelles, et donc la volatilité de leurs prix, sapait tout espoir de vraie reprise, en l’état actuel de notre système de production ?

Comment faire pour dépasser le débat sur la nature conjoncturelle, structurelle ou symptomatique de la crise ? Comment dépasser la fausse opposition entre l’urgence de l’action et la nécessité de forger une nouvelle vision, pour transcender cette vieille et vaine querelle entre pragmatisme et utopie ?

Que faut-il changer ? Au moins trois choses : notre rapport au vivant, la prise en compte par une théorie macroéconomique de la finitude des ressources, et notre façon de produire, de distribuer, et de répartir les richesses. Pas de hiérarchie ni de priorité entre ces trois chantiers : les trois doivent être menés de front. Car, même s’ils se situent à des niveaux différents d’abstraction et de temporalité, ils s’enrichissent les uns et les autres : vision, théorie et pratique s’interpénètrent et se fécondent mutuellement. L’urgence de l’action peut conduire aux pires écueils si elle devait nous affranchir de penser. A l’inverse, les cadres conceptuels et théoriques les plus élégants ne seront d’aucun secours s’ils ne sont traduits en action, si l’expérimentation ne vient alimenter le retour sur expérience, et si, enfin, les solutions dont l’efficacité et la pertinence ont été démontrées ne sont déployées à grande échelle.

Repenser notre rapport au vivant

« Maîtres et possesseurs de la nature » : cette vision formulée par Descartes ne faisait que résumer une tendance de fond, amorcée depuis le néolithique. Le destin de l’humanité était de s’affranchir du hasard et des contingences naturelles. Il ne fallait plus subir les caprices de la nature, mais la domestiquer, l’aménager, la transformer pour en faire un espace vital favorable à son épanouissement. Poussant toujours plus loin cette logique, sommes-nous allés trop loin ? La tentation de maîtriser le vivant, gène par gène, celle de maîtriser la matière, atome par atome, ou encore celle de maîtriser le climat ne sont que des conséquences de cette façon d’envisager notre rapport au vivant. C’est bien dans ce cadre que le projet « biosphère II », visant à mettre au point des écosystèmes artificiels pour des voyages de longue durée dans l’espace s’inscrivait. C’est encore ainsi que la DARPA (l’organisation de recherche de la défense américaine, connue notamment pour être à l’origine du réseau internet), pouvait inscrire dans son schéma directeur un programme de recherche dont l’objectif affiché était de « supprimer le hasard de l’évolution ». Las, ces tentatives n’ont conduit qu’a des échecs et de cruelles désillusions. Cette vision d’une humanité séparée du reste de la nature, de sa matrice vivante, a fait long feu. L’irruption, il n’y a pas encore 20 ans, du concept de biodiversité, est venue bousculer cette confortable illusion. Vivants nous-mêmes, nous interagissons avec l’ensemble du tissu vivant de la planète. Il nous faudra bien nous y résoudre, cette quête d’une absolue maîtrise est désormais vaine. Loin d’y voir un renoncement, un recul, nous pouvons puiser dans cette nouvelle acceptation de nos rapports au vivant de nouvelles perspectives, une nouvelle vision pour un futur souhaitable. Evolution, variabilité, émergence et résilience sont les moteurs de la dynamique du vivant. Nous en sommes le produit, nous en sommes les acteurs. Nous avons aujourd’hui l’occasion de fonder les bases d’une nouvelle alliance entre l’humanité et le reste du monde vivant. De cette nouvelle alliance doit découler un nouveau respect, tant des humains pour ce qu’ils sont vraiment, que du vivant dans son ensemble. Ni l’un, ni l’autre, ne peuvent être réduits à de simples « ressources », mais doivent être considérés comme autant de potentialités à révéler. Les potentialités d’évolution et d’adaptation du système vivant planétaire, qui dépendent étroitement du bon état de sa biodiversité, sont notre meilleur atout face à l’inconnu des changements globaux. En ce sens, ménager le vivant, c’est ménager des potentialités, c’est laisser ouvert le champ des possibles. Une « écologie globale », intégrant l’humanité et l’ensemble des ses activités, doit permettre de jeter les bases d’une nouvelle « solidarité écologique », prometteuse d’un bien-être humain harmonieux et durable. Quoi de mieux que cette vision ambitieuse pour tordre le cou au préjugé qui voudrait que l’écologie, scientifique ou politique, ne soit qu’un rassemblement de grincheux, tournés vers le passé, propres à dénoncer plus qu’à proposer, et ne s’exprimant que par une rhétorique sacrificielle et culpabilisatrice ?

Proposer un cadre macro économique pour un monde fini

Marxisme, keynésianisme, monétarismes, école néoclassique, toutes ces théories macroéconomiques ont été bâties en faisant abstraction des limites de la biosphère et de la finitude des ressources. Incapables d’intégrer la rareté croissante des ressources finies, incapables de proposer un modèle de gestion efficace des biens communs, ce sont pourtant en référence à ces théories (que ce soit par adhésion ou par rejet) que les décisions politiques sont aujourd’hui encore prises. Comme l’avènement du concept de biodiversité, l’idée d’intégrer la biologie, l’écologie scientifique et la finitude des ressources fossiles dans les paramètres d’une théorie macroéconomique est très récente. Sans les lister exhaustivement, Kenneth Boulding, Nicholas Georgescu-Roegen et plus récemment Tim Jackson ont travaillé le sujet, pour conclure à l’incompatibilité des théories macroéconomiques dominantes sans toutefois proposer de modèles de remplacement à la fois aboutis, applicables, et acceptables démocratiquement.

Le choix des indicateurs et des critères d’évaluation des politiques se pose en corolaire de cette réflexion. Si la monétarisation semble aujourd’hui être le seul point de repère, on voit bien qu’elle peine évaluer la valeur économique des services rendus par les écosystèmes ou à prendre en compte les enjeux de la cohésion et la justice sociale. Sans faire le procès de la monétarisation – car c’est bien souvent son interprétation plus que la donnée brute qui est en cause, ne pourrait-on proposer de la compléter par une évaluation non monétaire de l’économie ? De nombreuses pistes sont ouvertes : intégration des externalités négatives ou positives, monnaies alternatives et locales, indicateurs de bien-être humain, indicateurs de l’état de la biodiversité et des ressources naturelles. Marginales, ces expérimentations de nouveaux indicateurs ou de nouveaux instruments « para-monétaires » sont peut-être l’avant garde de ce qui constituera demain le socle de l’évaluation des politiques territoriales, nationales et supra nationales.

Faire bouillir la marmite !

Enfin, il faudra bien aussi travailler à reconfigurer nos moyens de production, qu’il s’agisse de l’agriculture, de l’industrie, du commerce et de la distribution. Si tout ce qui précède vous semble utopique, ce qui suit est, bien que cela s’inscrive parfaitement dans les cadres conceptuels évoqués, plus concret et plus immédiat. L’érosion des sols, la raréfaction des ressources fossiles, la surexploitation des ressources naturelles renouvelables nous conduisent, dès aujourd’hui, à rechercher des gains de productivité significatifs dans l’utilisation de nous faisons des ressources naturelles. Comme nous partons de très loin, nous avons devant nous une marge de progression considérable. Après plusieurs siècles d’augmentation de la productivité du travail, c’est désormais à la productivité des matières et de l’énergie que nous devons nous atteler. Pour cela, nous allons – nous avons déjà commencé – modifier en profondeur l’ensemble du système de production et des modes de consommation. Economie circulaire et de fonctionnalité, agriculture doublement verte ou écologiquement intensive, foresterie analogue, biomimétisme, sont les mots clés de ce nouveau modèle de développement. Celui-ci nécessitera, pour se déployer et se généraliser, de nouveaux instruments financiers, de nouveaux instruments fiscaux, et des systèmes de régulation adaptés, probablement très différents de ce qu’ils sont aujourd’hui.

Il n’y aura pas de grand soir. Espérons-le, car si cela devait être le cas, ce serait le signal que ces crises interpénétrées sont devenues systémiques. La paix et la démocratie seraient alors directement menacées, et nul ne sait ce qui adviendrait ensuite. Et, contrairement aux partisans de Garibaldi d’alors, pour reprendre le parallèle avec la réunification italienne qui ouvrait ce billet, les « indignés » d’aujourd’hui ne veulent pas le pouvoir. Ils veulent plus de démocratie, plus de justice sociale et des raisons d’espérer.

Il n’y aura pas de grand soir, car les transformations et les révolutions à l’œuvre sont pour la plupart silencieuses. Elles sont le fait d’initiatives individuelles, locales, solidaires, et de transformations discrètes mais souvent profondes, à l’œuvre même au sein des plus grandes entreprises, même si c’est parfois au prix de tensions humaines difficiles à vivre au quotidien.

Ces transformations silencieuses sont à encourager, à fédérer, et pour cela, elles devront se reconnaître dans les cadres plus vastes que constituent nos deux premiers chantiers, ceux de notre rapport au vivant et du cadre macroéconomique.

Mais, pour revenir à la question posée, quel est cet essentiel dont nous voulons qu’il demeure ? La satisfaction des besoins humains fondamentaux ? La paix ? La démocratie ? Toutes choses auxquelles moins du quart de l’humanité a aujourd’hui accès. En France, certains esprits chagrins voudraient voir dans la prise en compte de l’écologie un risque pour la démocratie. C’est tout le contraire. Laisser s’effondrer les écosystèmes qui soutiennent le bien-être humain constituerait un risque majeur et ouvrirait la porte à toutes les dérives extrémistes et démagogiques. A l’inverse, pour réaliser tous ces chantiers, il nous faudra plus de démocratie, une démocratie plus forte, plus participative, ancrée dans le réel, et capable d’intégrer les enjeux de long terme tout en étant plus réactive et innovante.

Emmanuel Delannoy
Directeur de l’institut INSPIRE

www.inspire-institut.org